Une perspective internationale de la lettre du CAS
Les politiques publiques axées sur le bien-être et l’éducation de l’enfance et de la jeunesse confèrent aux parents un rôle
croissant. Depuis 1970, l"échec scolaire en milieu défavorisé est connu, ainsi que l'inadaptation psychologique et sociale de nombreux enfants et adolescents, et la délinquance juvénile. Cela
appelle une réorientation de l’action sociale en direction des familles.
L'objectif est de préparer, soutenir, voire suppléer les parents dans leurs tâches éducatives : protection de
l’enfance, santé publique, politiques éducatives, familiales, de prévention et de lutte contre la délinquance juvénile. Il ne suffit pas de prendre en charge l’enfant isolément, voire de le
protéger contre sa famille : réorientation vers aide aux familles. Développement du conseil, de la médiation, formation, du soutien des parents et futurs parents.
Mais ces dispositifs sont intrusifs et leur plus-value n'est pas démontrée : constat, dés 1970, d’un échec relatif de la démocratisation scolaire et des difficultés d’intégration des jeunes élevés
en institution (dans le cadre de la protection de l’enfance, de l’enfance inadaptée ou de la protection judiciaire de la jeunesse). Critique en protection de l’enfance de s’en tenir à la seule
protection des enfants.
La Convention sur les droits de l’enfant (CNUDE), adoptée en 1989 par l’Assemblée générale des Nations unies, conforte l’idée que le soutien à la fonction parentale premier levier d’action pour l’intérêt de
l’enfant. Enfant détenteur de droits, parents responsable d’élever l’enfant et d’assurer son développement, guidés par l’intérêt supérieur de l’enfant (art. 18) et impose aux États le «droit à
recevoir un soutien approprié des autorités publiques dans l’exercice des fonctions parentales »).
Le Conseil de l’Europe recommande aux gouvernements de conduire des politiques visant à soutenir une parentalité positive (2006). Il
s'agit « de reconnaître le caractère essentiel des familles et de la fonction parentale et de créer les conditions nécessaires à une parentalité positive qui tienne compte des droits et des
intérêts sup de l’enfant » par « toutes mesures appropriées, législatives, administratives, financières et autres ».
Mais on voit les limites quand la maltraitance est
avérée ou en cas de dysfonctionnements familiaux majeurs : logique de signalement et d’éloignement de l’enfant.
Les dispositifs font référence aux savoirs sur la famille et le développement de l’enfant en psychologie, sociologie et sciences de l’éducation:
- La « théorie de l’attachement » situe le besoin d’attachement du jeune enfant à son parent ou, le cas échéant, à la personne qui le prend en charge, au même niveau
que ses besoins physiologiques. L’attachement est jugé essentiel au bon développement de l’enfant, et sa qualité (sécure, insécure, désorganisé-désorienté) détermine sa capacité future à établir
ou non des relations sociales harmonieuses.
- Le « modèle du stress familial » intègre les effets d’une condition économique difficile chez les parents, au sens où le stress habituellement lié à la précarité
peut provoquer un comportement parental inadéquat et dommageable pour le développement de l’enfant. Ce modèle est souvent associé à la théorie de l’attachement, un environnement familial trop
conflictuel et désorganisé augmentant les risques de troubles. L’accent est également mis sur le rôle de modèle assumé par les parents. Les valeurs des parents n’inciteraient pas leurs enfants à
s’investir dans un projet de réussite éducative puis d’insertion.
- La
criminologie anglo-saxonne a également réévalué le rôle du contrôle parental dans l’apparition de comportements déviants ou « à risque », en référence
à un contrôle formel ou informel que les parents exercent sur les sorties de leurs enfants, sur leurs fréquentations, sur leur travail à l’école, sur leurs activités de loisirs, le fait de savoir
s’ils fument ou se droguent, etc. Le contrôle parental suppose au moins trois fonctions : le monitoring (le contrôle du comportement en général), la faculté de reconnaître et critiquer ses
déviances dès qu’ils apparaissent, et la capacité à produire des sanctions efficaces et proportionnées.
- La « théorie des liens sociaux » (social bonds theory) insiste inversement sur le caractère protecteur d’une bonne socialisation de l’enfant, et par conséquent sur
la capacité des parents à encourager les investissements scolaires et des liens sociaux « positifs » (avec les pairs, les différents éducateurs, etc.). Ces thèses, introduites dès les années
1960, rencontrent un regain d’intérêt depuis les années 1990.
- La sociologie de l’éducation et les sciences de l’éducation ont enfin précisé le rôle des compétences parentales et des représentations parentales de l’enfant
dans la formation des inégalités de développement et de performances scolaires. La réussite de l’enfant est analysée en fonction de styles éducatifs (autoritaire, structurant ou permissif) et de
types de rapport aux institutions scolaires.
Les interventions psycho-sociales auprès des parents visent, à partir des ressources des familles et de leur environnement, à améliorer les
compétences parentales, et notamment le sentiment d’efficacité personnelle et la capacité de coopération avec les professionnels, les institutions et d’autres parents.
Offre de services souvent intégrée et axés sur le développement de l’enfant :
- Depuis 1970,
participation de tous les jeunes parents à des sessions de formation par la protection maternelle et infantile suédoises. Mais faible participation volontaire.
- Le principe
d’intégration forte entre services à la petite enfance et parentalité également privilégié au Royaume-Uni. Programmes locaux Sure Start, lancés en 1999 dans un objectif de lutte contre la
pauvreté alors que niveau des services à la petite enfance faible : approche complète depuis la grossesse jusqu’à l’entrée à l’école (crèches, éducation en âge préscolaire, protection
médicale infantile, aide aux parents) et à l’école, avec soutien à l’accompagnement scolaire ou de médiation familiale pour gérer les effets de la désunion du couple sur la responsabilité
parentale, voire stratégie préventive de la monoparentalité, associée à un risque de pauvreté et de dépendance de long terme à l’égard de l’aide sociale.
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